Les livres de diététique médiévale arabe

Nous avons présenté une page entière sur la diététique médiévale avec un chapitre sur la médecine arabe.

Voici des informations complémentaires sur plusieurs livres de diététique arabe :

  1. Kitâb Khawass al-aghdhiya : Bagdad, 9e siècle
  2. Taqwim al-Sihha : Bagdad, 11e siècle
  3. Kitâb al-Agdiya : Andalousie, 13e siècle

1 - Kitâb Khawass al-aghdhiya : Bagdad, 9e siècle

Le Livre des propriétés des aliments est probablement le premier traité de diététique arabe, écrit au 9e siècle, par Yuhanna ibn Masawayh plus connu sous la forme latine de Jean Mésué, ou Mésué le vieux. Il ne doit pas être confondu avec Mésué le jeune, un médecin du Caire du siècle suivant. Ce livre a servi de modèle aux nombreux livres de diététique arabe qui ont suivi.

Académie de Gondichapour, Iran

Académie de Gondichapour, Iran

Jean Mésué (777-857) est un chrétien nestorien et médecin, qui a dirigé l'hôpital de Bagdad et enseigné la médecine. Son père était pharmacien à l'hôpital de Gondichapour, ville de Perse réputée pour son école de médecine. Il est à l'origine d'une famille de médecins, en lien avec les médecins nestoriens de Bagdad, qui formaient une véritable caste au 9e siècle.


Jean Mésué a soigné le calife Haroun al-Rachid et ses successeurs. On sait qu'il avait mauvais caractère : son fils, qu'il jugeait laid et stupide était son souffre douleur qu'il voulait disséquer pour qu'il soit au moins utile à quelque chose ! Ses propos blasphématoires et sa polygamie scandalisaient l'église nestorienne, dont il était diacre. Cela ne l'a pas empêché d'être célèbre et de travailler au service de plusieurs califes. Bien que de langue maternelle syriaque, Mésué a écrit une trentaine d'ouvrages en arabe : des livres de médecine et pharmacie ainsi qu'un calendrier intitulé Le livre des temps (Kitâb al-azmina), qui servit ensuite de modèle au Calendrier de Cordoue et des Aphorismes sur la médecine, les propriétés des médicaments et des aliments. Les Aphorismes ont été traduits en latin et attribués à Jean Damascène ou à Rhazès. En réalité Rhazès s'en est inspiré. Mésué a écrit deux livres de diététique, mais un seul nous est parvenu en entier.

 Le Livre des propriétés des aliments est un texte court qui décrit les propriétés médicales de 140 aliments, classés en 8 sections : 12 sortes de graines, 30 légumes, 25 fruits, 29 sortes de viandes, les membres des animaux, 12 laitages, 14 poissons, 13 épices et aromates. Certaines propriétés sont diététiques, alors que d'autres sont thérapeutiques, rendant ce texte intéressant pour l'histoire de la diététique et des médicaments.

Le Kitâb Khawâss al-aghdhiya s'inspire d'une version en syriaque du traité de Galien De alimentorum facultatibus, selon Gérard Troupeau. Le texte de Mésué est plus succinct que celui de Galien qui décrit 150 aliments, avec un classement un peu différent. Il n'existe actuellement qu'un seul manuscrit connu de ce traité de diététique, conservé à Madrid.

Au 12e ou 13e siècle, en Italie, un livre de pharmacie, présentant de nombreuses recettes de confiseries d'inspiration arabe, alors classés comme médicaments, paraît sous le nom d'Antidotarium Mesuae (Antidotaire Mésué). Son auteur était un médecin voulant profiter de la notoriété encore importante de Mésué. Maintenant connu sous le nom de Pseudo-Mésué, il est considéré comme étant à l'origine de toute la confiserie européenne.

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2 - Taqwim al-Sihha : Bagdad, 11e siècle

Taqwim al-Sihha signifie tables de santé. Le titre exact est : Taqwîm al-Sihha bi al-asbad al-sitta, soit littéralement Redressement de la santé par les six causes.

Ce traité médical est également écrit par un médecin chrétien nestorien reconnu de Bagdad, Ibn Butlan (vers 1001-1063 ou 1068). Grand voyageur, il est parti en 1047, pour Alep, Antioche, Jaffa, a séjourné trois ans au Caire et un an à Constantinople (arrivée en 1054, au moment de la peste). Il est retourné à Antioche où il a fini sa vie dans un monastère. Ibn Butlân avait la réputation d’être sarcastique et autoritaire (il a été chassé d’Alep par la communauté chrétienne et a eu une violente dispute avec un confrère musulman du Caire sur la nature plus ou moins chaude du poussin). Malgré ce mauvais caractère, ses écrits montrent un esprit curieux et analytique, avec une grande érudition médicale et philosophique, connaissant les auteurs grecs, arabes et indiens, citant Hippocrate, Aristote, Galien, Oribase ou Caraka.

Le Taqwîm al-Sihha est un manuel de santé à destination du public, présentant les règles d’hygiène et de diététique pour conserver la santé. Il a rencontré un grand succès en Orient et en Occident. Il reste au moins quinze manuscrits en arabe et plusieurs dizaines de manuscrits en Europe.

Ce manuscrit a été en partie traduit en latin sous le nom de Tacuinum sanitatis, à la cour de Sicile de Manfred, fils de l'empereur Frédéric II Hohenstaufen. Plusieurs traductions partielles ont été faites en latin, du 13e au 16e siècles. Certaines d'entre elles ont été richement enluminées aux 14e et 15e siècles.

Taqwîm al-Sihha : Tables de santé

Après une courte introduction, le Taqwîm al-Sihha se présente sous la forme de 40 tables synoptiques avec 280 articles. Chaque table comprend, sous forme de deux feuillets en vis-à-vis, 15 colonnes de largeur variable : le numéro de l’article, son nom, sa nature selon la classification hippocratique (chaud, froid, sec, humide), son degré (ex : froid au 2e degré), la meilleur variété, son utilité, sa nocivité, la façon de neutraliser la nocivité, le résultat de l’article (effet), son utilité (en 4 colonnes) selon le temps, l’âge, la saison, le pays. Sous le titre d’opinion, une colonne cite le nom des autorités référentes et la dernière colonne propose des conseils d’utilisation ou des recommandations.

Pour chaque table, Ibn Butlân a rajouté un qanun (canon) ou un postulat, en haut et en bas des colonnes, qui explique les grandes règles de la diététique, apporte des précisions sur les aliments de chaque table ou des conseils d’hygiène.

Les 28 premières tables sont consacrées à la nourriture et à la valeur des aliments (fruits, céréales, légumes, condiments et épices, laitages, oeufs, viandes, poissons, plats cuisinés, desserts, boissons, dont le vin). Les tables 29 et 30 regroupent des plantes odorantes et des fruits secs (rose, basilic, citron, pistache, noisette…). Les dix tables restantes concernent l’hygiène de l’esprit (musique, émotions) et du corps (ivresse, coït, sport, bains, massages, vêtement, fumigations, sirops, saisons, pays).

Le Taqwîm al-Sihha se termine par des considérations astrologiques et une courte conclusion.

Une version complète et bilingue arabe/français du Taqwîm al-Sihha a été publiée par Hosam Elkahadem, éditions Aedibus Peeters en Belgique, en 1990.

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3 - Kitâb al-Agdiya : Andalousie, 13e siècle

Le titre complet du Kitâb al-Agdiya est Kitâb al-Agdiya wa Hifz al-Sihha : Le livre des aliments et de la préservation de la santé. Malheureusement, on connaît très peu de choses de son auteur Ibn Halsun : il serait originaire de Rota en Andalousie arabe et aurait été imam à Loja et à Grenade, à l’époque du sultan Muhammad II (1273-1302), puis médecin à Malaga où il serait mort, selon l’historien andalou Ibn al-Hatib (1313-1374).

Il ne faut pas confondre le Kitâb al-Agdiya d’Ibn Halsûn, écrit au 13e siècle, avec le livre du même nom et du même sujet, écrit un siècle plus tôt par Abu Marwan Ibn Zuhr (1070 ou 90-1162), un autre médecin d’al-Andalus et maître d’Averroès, plus connu sous le nom d’Avenzoar.

Kitâb al-Agdiya : Le livre des aliments et de la préservation de la santé

Le Kitâb al-Agdiya est un manuel d’hygiène en cinq parties, traitant toutes les parties du corps.

Grâce son aspect concret et pratique, ce livre apporte des renseignements utiles sur l'alimentation et la vie dans al-Andalus au 13e siècle.

Texte établi, traduit et annoté par Suzanne Gigandet, Institut français de Damas, Damas, 1996 (édition bilingue français – arabe).

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